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Sérendipité

Road Trip en Islande

Rêver, c’était le mot pour définir notre destination, à la manière d’un cliché Kerouacien. S’éloigner du duo infernal Marseille Londres, quitter ces deux métropoles pour mieux les retrouver après. Ne plus songer aux aprioris diffusés par le chant des sirènes d’Instagram et rejoindre le réel dans toute sa beauté. “Si ta photo n’est pas assez bonne c’est que tu es trop loin”, combien de milliers photographes ont cette citation en tête, nous voulions nous aussi nous rapprocher du sujet, mais cette fois-ci le sujet sera une part de nous. Se recentrer pour mieux lâcher prise, face à cette terre de feu et de glace, c’est peut-être cela l’objectif d’un road trip. D’un hublot, d’une fenêtre, une image paraît souvent moins réelle, produisant ainsi l’effet d’un filtre. Sauf que notre oeil parvient la plupart du temps à distinguer cette mise en abîme du réel, l’Islande est l’exception, la sensation d’irréalité reste ancrée, impossible d’y croire. Le voyage commence, le sol est dépourvu de toute végétation haute, des plaines à perte de vue, un véritable désert de mousse paradoxalement foisonnante de vie.

L’océan retiré à perte de vue, les reflets mordorés jouant avec les hauts fonds.Après une courte nuit, rude et glaciale, à l’arrière du véhicule et un petit déjeuner reconstituant grâce à la chaleur de notre réchaud nous nous laissons guiderpar le lever du soleil vers Landmannalaugar. Landmannalaugar est un véritable périple. Tout d’abord, un paysage lunaire extrêmement plat, mais couvert de pierres, qui petit à petit évolue vers des collines, puis des montagnes. Les couleurs, elles aussi, s’intensifient, au fur et à mesure que nous nous rapprochons du cirque de Landmannalaugar. Le vert blanchâtre des mousses témoin de leur grand âge, s’oppose au noir profond de la roche volcanique, pour laisser place à un festival de couleurs. De la rouille, de l’ocre en passant par du vert de gris, une véritable palette nous accueille. Notre premier réflexe, attirés sans doute par la douceur des sources chaudes naturelles, est de nous baigner (allez savoir pourquoi!). De charmantes backpackeuses russes nous invitent dans cet univers majestueux et irréel. Une très belle rencontre.

Au bout de deux heures et demi d’attente, au moment où le renoncement frappe à notre porte, un premier rayon fait son apparition dans les gorges de Skogafoss et puis un autre en fait de même, nous voyons enfin cette fameuse “Main de Dieu”. Un mélange de teintes bleues orangées en parfaite complémentarité, un à un les rayons effleurent le sol vert sinople, la roche embrasée par cette lumière nous fait penser aux oeuvres de Pierre Soulage. A cet instant précis nous avions 4 ans dans nos têtes, de véritables gamins devant un gâteau au chocolat! A notre retour, épuisés, un imprévu vient gâcher la fête et cette sublime journée. Une crevaison lente nous force à un bivouac improvisé. Au petit matin, après les réparations, nous roulons sur la route N°1. Le ciel est chargé, bas, épars, une sorte de plafond gris éclaire notre route. Qu’à cela ne tienne, la lumière est parfaite, douce et lumineuse. Le regard droit vers l’horizon, nous enchainons les kilomètres. Max à moitié somnolant se réveille et me demande de m’arrêter assez brutalement. Sur le bas-côté, un décor digne d’un western, se dessine. Une route droite file vers les massifs montagneux, la fameuse “Main de Dieu” l’éclaire à travers quelques nuages de poussière.

Malheureusement nous étions pris dans le flot de la petite caravane de véhicule, nous avons donc roulé sans arrêt jusqu’à cette fameuse forêt. Hallormstadur est surprenante non pas par son originalité mais par tous les nombreux points communs qu’elle peut avoir avec une forêt européenne, une sorte de bulle vierge d’Islandisation. En revanche elle représente un havre de paix pour tout amoureux de la nature décidant de faire une halte. Le léger manque de sommeil commence à s’apercevoir sur nos visages mais nous avons encore suffisamment d’énergie pour affronter Hengifoss. Tel une mini meute de loups à l’affut de proies, longeant le torrent d’eau découlant de Hengifoss. Frustré par un panneau nous indiquant les risques et périls au-delà de cette limite, nous décidions de dépasser celui-ci pour nous rapprocher de cette fameuse chute. Le risque en valait la chandelle puisqu’après plusieurs sauts, enjambées nous arrivions enfin à la source de la chute. La puissance véhiculée par cette chute était indéfinissable.

Totalement désemparés face à ces grandes étendues, nos boitiers restent dans les sacs et seul notre regard photographie, filme ce paysage. La mousse, “Philonotis Fontana” est son doux nom. Parfois verte, à la limite de la fluorescence, parfois éteinte, car trop écrasée par le tourisme de masse. Découvrir les kilomètres de pistes, affronter, ces millions de vibrations traversant sans relâche le châssis, traverser ces pistes parsemées de poudre volcanique à perte de vue fut vraiment une expérience inédite. Les premières difficultés liées au revêtement des pistes sont vite apparues et n’ont pas tardé à mettre en défaut notre véhicule. Planifier, un mot tout droit sorti du ventre de nos villes, de nos tours, de notre rythme de vie. L’aventure s’impose à la planification. L’instinct prenant le dessus, l’imaginaire se mettant en place, nous nous sommes laissés guider par notre envie de découverte. Sur cette lancée, nous arrivons à Seljalandsfoss.

23h00 en juin, le soleil joue avec les versants de la montagne laissant apparaitre des dégradés de lumières somptueux. Les contrastes diminuent. Des ombres douces se créent. Nous partons en randonnée à la poursuite de ces lumières. Après s’être engouffrés dans une gorge traversée par un torrent féérique, nous arrivons enfin au sommet d’une petite montagne ornée de sculptures volcaniques et vêtue d’un délicat duvet de neige, un paysage totalement onirique digne de Tim Burton. Par pure sérendipité, nous croisons un lieu insolite nommé Hjalparfoss. Les moustiques (moucherons) étaient également au rendez-vous, l’odeur du souffre puis les premiers ennuis mécaniques ont rapidement pigmenter notre excursion. Cependant, tel des enfants gâtés, à nos premières difficultés, dame nature a su nous réconforter au travers d’une lumière en pleine “golden hour”, un paysage incroyable se révélait alors à nous. Sur le chemin du retour vers le Sud nous nous sommes volontairement perdus et le hasard nous a mis nez à nez devant Haifoss. Haifoss est probablement l’une des plus belles cascades que nous ayons rencontrées, une gorge immense descendant vers la vallée.

Hystériques, nous matraquons ce paysage avec nos objectifs en essayant de faire passer notre émotion à travers nos clichés. Arrivés au pied du glacier Vatnajökull, la mauvaise météo renforce les contrastes et rend plus saillante la glace par rapport à la couleur sombre de la roche. Le bruit du silence est angoissant. Nous choisissons un endroit abrité pour passer la nuit, pour être au plus près du glacier qui deviendra notre nouvelle conquête au petit matin. Quand tout à coup, occupé à regarder une vidéo, mon regard est attiré à travers le pare-brise de notre 4×4, par la présence d’une brebis et de ses deux agneaux qui nous fixent en prenant la pose. Max saisit son Nikon, s’approche doucement et immortalise cette scène. C’est la cerise sur le gâteau de cette sublime journée! La nuit est frigorifique. Au petit matin, nous partons à la découverte du glacier, sans guide et matériels adaptés, nous longeons une falaise abrupte en face du glacier, nous permettant de le voir sous un angle nouveau, en mettant en valeur les jeux de lumières et les reflets. Cela n’a pas été sans mal, à plusieurs reprises nous avons failli côtoyer le vide de très près manquant ainsi un bain glacial, c’était un moment assez intense.

Un jour nous avions décidé d’utiliser notre véhicule pour affronter le sommet de Gagnheidi, l’aller fut sans difficulté, en revanche une fois que nous avions descendu dans la vallée de Bakkagerdi, la côte fut beaucoup plus intense, nous avons dû décharger la totalité du 4×4 pour l’alléger et ainsi retrouver de l’adhérence sur la côte. Sur la fameuse route de Myvatn, les paysages lunaires se sont enchainés, nous ne savions plus où donner de la tête. Intrigués par des chaises étrangement positionnées sur le bord de la route, nous nous arrêtons afin d’élucider ce mystère mais sans succès. Cap vers le nord sur Grettislaug. Cette région nous a marqué évidemment par son paysage mais surtout par l’accueil ultra chaleureux de la propriétaire du camping, une superbe rencontre au beau milieu de ce no man’s land. Sur les conseils de celle-ci nous sommes alors partis pour les fjords situés dans le nord-ouest de l’Islande, car selon elle il s’agissait des plus beaux paysages d’Islande. Il ne nous fallut pas plus que ça pour détaller vers cet endroit.

A notre grand désarroi d’explorateur en herbe, nous ne sommes pas seuls. La météo peu compréhensive de nos attentes décide d’ajouter au chirimiri (pluie fine en espagnol), une bonne averse. Seulement voilà, une averse en Islande est une grâce divine, une oeuvre impressionniste, éphémère. Un proverbe Islandais dit “Si vous n’êtes pas content du climat, attendez 5 minutes”. Qu’à cela ne tienne, après deux heures d’attente, à l’abri dans la voiture, harmonica en mains, nous patientons, tels deux bluesmen dans l’attente d’un “boeuf”. La pluie cesse enfin. Par habitude, les photos touristiques prennent la fameuse cascade D’Elijalandfoss, d’en bas. Par défi, d’un commun accord nous nous lançons dans l’ascension. Elle fut courte, riche en émotions. Le moindre faux pas sur le sol sableux, instable et extrêmement humide de ce chemin pouvait à tout instant nous faire chuter dans le précipice, et sonner le glas de notre road trip en Islande. Arrivés, au sommet, un tableau de Turner, se dévoile à nos yeux.

La force de ce panorama, tant au niveau des couleurs que des différents plans, à faire rougir Le Caravage. Au cours de la traversée entre Heligdoss et Vik via la route 250, l’impression de traverser un champ de lavande est omniprésente, mais le parfum est différent pourtant, graphiquement l’illusion est parfaite ! Des lupins ont été plantés pour limiter l’érosion du sol. Après quelques jours de route nous arrivions à Skogafoss devant l’une des cascades les plus connues d’Islande ! Impressionnante du haut de ses 62 mètres, l’humilité a été le premier sentiment, le second était l’ambition, nous voulions à tout prix la voir d’en haut ! Nous voilà lancés sur une randonnée improvisée de cinq heures, la sérendipité avait frappé une nouvelle fois. Le temps commença à se couvrir, l’idée de revenir sur nos pas n’a duré que quelques secondes, nous voulions savoir jusqu’où ces heures de marche allaient nous mener. La fatigue commença à alourdir nos pas, seule notre envie de découverte nous soutenait. Soudain, les nuages obstruent la totalité un faisceau de lumière (que l’on surnommera par la suite “Main de Dieu” tellement le phénomène est extraordinaire) perçant la couche épaisse nuageuse nous apparut presque inconcevable, nous restions alors une heure, puis deux heures à attendre ce fameux moment.

Le retour fut assez compliqué, nos chaussures étaient chargées en boue et nous n’avions plus d’adhérence, le risque pour nous et notre matériel était assez élevé, j’y ai d’ailleurs sacrifié ma paire fétiche de Wayfarer sur une mauvaise Au petit matin, après les réparachute… Au retour à notre véhicule, un petit debrief s’imposait histoire de décompresser et de pouvoir reprendre la route sereinement pour Jokulsarlon. Jokuksarlon, un endroit très touristique et pour cause ! L’Islande est une magicienne mais elle n’a pas besoin de trucages, non, elle peut très bien poser une plage de sable noir brûlant d’une finesse extrême avec des morceaux d’iceberg le tout par 24 degrés. Les contrastes des matières étaient saisissants, allié à la brillance extrême de la glace avec le noir mat ultra dense du sable, cette association de structures, de sculptures étaient hors du commun. Nous avions par la suite envie de changer de paysages et l’idée de trouver une forêt nous ait apparu évidente ! Nous sommes alors partis pour la forêt d’Hallormstadur via la très belle piste 939. Cerise sur le gâteau nous étions en pleine golden hour, un paysage magnifique, presque fantasmagorique.

Le temps n’était malheureusement pas avec nous, jusqu’à maintenant nous avions eu pas mal de chance mais celle-ci a fini par tourner les talons. Ce qui n’enlèverai rien à la superbe de ces paysages brumeux, assez étranges. Les fjords nous rappellent les décors oniriques que l’on peut trouver dans un roman de Jack Kerouac. Les sommets des montagnes étaient à peine visibles tellement la brume était épaisse. Pas autant que celle dont parle Hendrix! Quitter les Fjords a été un véritable crève-coeur surtout lorsque nous songions à la date de notre retour qui se rapprochait de plus en plus vite. Cependant pour nous réconforter de ce léger spleen nous sommes allés au blue lagoon. Il ne s’agit pas d’un before mais de la source chaude naturelle la plus célèbre d’Islande, lieu hautement touristique mais malgré tout très agréable surtout après un road trip d’un demi-mois.

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